Lettre aux amis

Lettre aux Amis n°49 : Courage, vivons !

Dans cette lettre

#DOSSIER
Courage, vivons ! p. 2

Ils ont habité avec Jean
Les ingrédients de Jean pour que la bonne soupe de L'Arche soit réussie
Philippe Seux, le dernier des cofondateurs
Ne dites jamais que c'était mieux avant
Ma maladie génétique, je suis né avec
FAIRE FACE aux abus du Père Thomas Philippe
"Il était nécessaire de parler" interview de Cécilia McPherson
La Croix - Les mécanismes de l'emprise
Une commission pour la protection et la sécurité de chacun

#Côté projets p.14

Ouverture : L'Arche en Haute-Savoie en 36e position
Une équipe auvergnate au grand coeur
Pénurie d'eau à Bouaké : un forage dans la communauté


EDITO

Du rire et des larmes : dans l’échange de leurs souvenirs, une vaste palette d’émotions pour ceux qui ont partagé à L’Arche la vie de Jean Vanier, décédé le 7 mai 2019.
Du rire, du sourire : pour accueillir l’énergie du jeune directeur de L’Arche en Agenais à déployer la vie de sa communauté. Pour se délecter à la lecture du portrait de Gérard Delannoy (« des Delannoy il y en a pas mal sur cette terre mais un Gérard Delannoy comme moi, il n’y a un qu’un ! »).
De la tristesse, de la colère, des larmes parfois : pour accueillir la parole de femmes courageuses qui ont témoigné des abus qu’elles ont subis de la part du Père Thomas Philippe.
Tout nous appelle à la liberté, à la force et au courage pour affronter les événements des derniers mois. Avec une seule fin : entendre l’appel profond de la vie qui surgit… partout.
Alors courage… Vivons !

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Lettre aux amis n°48

« Travailler sa pause »

« Je vais travailler ma pause ! » lance Matthieu, qui a un handicap mental. Derrière cette phrase espiègle se cache une profonde sagesse : une bonne pause, ça se travaille ! « Dans la vie nous sommes traversés par un flux, comme un fleuve qui coule sans s’arrêter, explique Pierre Jacquand, le Responsable national de L’Arche en France. L’eau nous glisse entre les doigts. Nous avons besoin de faire des retenues d’eau, de creuser des lacs, de construire des barrages, pour pouvoir se baigner, se laver, se purifier, pique-niquer à proximité. »

On parle aussi de revenir à la source. « La source, c’est ce qui donne l’eau, et l’eau c’est la vie. » Il s’agit de trouver de nouvelles forces, la sérénité, le calme... Des forces, une sérénité, un calme perdus. Ces pertes sont un signal d’alarme.

La fatigue peut être physique, psychique ou psychologique. Le ressourcement est plus relatif à l’âme, à la source, à l’étincelle : Suis-je bien à ma place ? Quel est le sens de mon quotidien ? Et si je changeais tout ? Un irrésistible besoin de sortir de la routine, de s’extraire du réel, de fuir les contraintes du quotidien s’installe. Il y a une quête de sens dans cette démarche de revenir à la source. Cette démarche, cette quête, est une pause qui ne s’improvise pas. Elle se travaille !

Pour bien « travailler sa pause », on peut choisir de vivre une année sabbatique, une retraite annuelle, un week-end spécial à thème. On peut aussi se ressourcer dans les petites choses du quotidien : on se ressource en revenant à ses racines, à des valeurs, aux raisons de son engagement. Partager un repas, faire la vaisselle à quelques-uns autour de l’évier peuvent ainsi devenir des temps de ressourcement ! Ah ! mais on vous avait prévenu : une pause, ça se travaille !

Lettre aux amis n°47

Place aux Artistes

Aujourd’hui, le mot art a une certaine aura : « cela fait vendre, chic, profond » prévient Michel Brière, aumônier des Beaux-Arts de Paris. Convenons ensemble de ne pas appeler art tout dessin réalisé dans un atelier de L’Arche, mais plutôt de partir en quête d’un « art authentique » dont parle Jean-Paul II dans sa Lettre aux artistes.

On rencontre à L’Arche, comme ailleurs, des personnes ayant un handicap mental qui réalisent de vibrantes créations. Sont-elles artistes ? Peut-on appeler leur œuvres « art » ?

Ceux qui travaillent à révéler les potentiels créateurs dans les ateliers de L’Arche s’accordent à dire que les personnes qui ont
un handicap sont d’une grande authenticité, détachées des codes et des convenances. Leurs créations constituent un moyen privilégié de nouer le contact et de rendre témoignage de leur grande sensibilité.

Jean Vanier écrivait à propos d’œuvres réalisées pour une exposition de L’Arche : J’espère que vous prendrez le temps de
les regarder, de les contempler, et de les écouter, parce que ces œuvres ont été créées par des personnes qui ont parfois des difficultés. Lorsque vous regarderez les peintures, regardez aussi les artistes derrière ces peintures. Ce sont des gens qui ont vécu différentes formes de rejet mais qui sont incroyablement beaux. Ils peuvent avoir du mal à faire des discours et ce genre de choses, mais ils ont des dons merveilleux, des dons à offrir.

Dons que cette Lettre aux amis veut honorer dans la diversité de leur expression artistique : peinture, écriture, danse, musique... Alors, place aux artistes !

Lettre aux amis n°46

MES PREMIÈRES FOIS Ces fois où dans ma vie, j’ai osé.

La première fois… où j’ai pris l’avion, où je suis allé tout seul chez le coiffeur, où j’ai discuté avec un moine tibétain, où j’ai envoyé un SMS… que de premières fois ! Il faut parfois un peu de courage pour oser vivre une expérience nouvelle, pour se laisser déplacer et sortir de ses sentiers battus.

Déplacement, passage, renouvellement, les premières fois nous invitent à être déplacés. Elles nous invitent à changer de regard sur les choses et les gens et sont une occasion de croissance qui passe souvent par un lâcher-prise. La première fois
ouvre la porte du renouvellement : elle fait appel à notre capacité à nous laisser transformer, comme Damien qui n’avait jamais aimé qu’on lui fête son anniversaire, jusqu’à son passage à L’Arche. Une première fois est une expérience bien fragile. Mais l’enjeu n’est-il pas tout simplement d’accueillir la vie ?

Le quotidien dans une communauté de L’Arche me conduit sur des chemins jusqu’alors inexplorés : la première fois que j’ai accompagné quelqu’un dans sa toilette, la première fois que j’ai préparé un repas pour 12 personnes ou conduit une voiture 9 places ! Chaque personne est invitée à la rencontre et pour les jeunes assistants, les premières fois ne manquent pas dans nos communautés ! Nous faisons souvent référence à nos premières fois. Elles sont en lien avec le passé, mais elles nous en détachent surtout. La première fois est le lieu de l’expérimentation et de la liberté. Alors que j’étais attaché à une tradition, à une perception, je choisis moi-même, de vivre quelque chose de nouveau. Alors s’ouvre pour moi, après cette première fois, le premier jour du reste de ma vie… Merci la vie !!!

Lettre aux amis n°45

Des histoires sacrées

Avant d’arriver à L’Arche, je n’aurais jamais imaginé me marier avec un homme qui ne soit pas de la même confession religieuse que moi. Avant d’arriver à L’Arche, je n’aurais jamais imaginé me marier avec un Allemand, d’autant plus que j’ai grandi sur les terres d’Argonne encore marquées par la guerre 14-18. ça, c’était avant. 

Je venais à L’Arche pour raconter mes plans à Jésus, et Il a tout changé. 

A L’Arche, nous sommes de langues, de cultures et de religions différentes. à travers elles, nous apprenons tant sur nous-mêmes, sur les autres, et sur les desseins de Dieu... J’ai été touchée par cette puissance de Vie, que j’ai trouvée là où je ne l’attendais pas - dans nos cœurs cassés -, et qui m’a conduite là où je n’imaginais pas aller - à épouser un Allemand protestant par exemple !  

« L’Arche nous sommes appelés à vivre l’unité (ce grand désir de Jésus pour les hommes) dans la communauté, explique Jean Vanier. Nous sommes appelés à vivre aussi cette unité dans la grande famille de L’Arche à travers le monde. Nos communautés en Inde et en Haïti sont si différentes de celles de l’Angleterre ou du Canada ! »  

Dans cette lettre, vous découvrirez comment l’expérience de L’Arche nourrit la vie spirituelle de ses membres, au-delà de leur culture ou de leur religion, de leur handicap mental ou de leur fonction dans l’association. Autant d’histoires sacrées qui nous déplacent et nous font aimer la vie ensemble, même si elle se passe rarement « comme prévu ». Car, comme dit Woddy Allen : « Si vous voulez faire rire Dieu, parlez-lui de vos projets. »

Lettre aux amis n°43

On va tous y passer

En cette période estivale, pas question de casser l’ambiance avec un sujet morose ou angoissant. Cependant l’occasion est belle pour prendre le temps d’y penser, sans stress, tranquillement dans un transat en sirotant un diabolo... « La mort, il faut y penser, moi je n’y pense pas beaucoup, reconnaît Jean-Pierre, une des premières personnes accueillies à L’Arche. La mort, ça fait peur à tout le monde. Il ne faut pas mourir trop jeune, ni trop vieux. On n’ose pas trop en parler.» Nos proches, par l’avancée en âge, la maladie ou l’accident, nous invitent à vivre avec eux leur dernier grand passage. C’est le cas de Pascal à L’Arche le Caillou Blanc, de Nicole à L’Arche l’Olivier, de Sara et Christine à L’Arche à Reims, de Michel et Baptiste à Aigrefoin... Questions pratiques d’accompagnement, questions existentielles sur la vie, angoisse face à cette fragilité ultime qu’est la mort : l’expérience nous montre qu’on va mieux en en parlant, qu’il peut même se vivre de belles et grandes choses dans ces moments difficiles, des choses essentielles qui disent la beauté de chaque existence, éclairent le sens de notre vie ensemble... alors, on ose vous en parler ! La mort : « On va tous y passer ».

Lettre aux amis n°42

Je te demande pardon

« L’exercice de la responsabilité est difficile et conduit souvent à révéler ses limites. En 12 ans de responsabilité j’ai souvent été maladroite, parfois injuste, et certainement souvent trop peu disponible. L’exercice de la responsabilité est éprouvant et ramène à beaucoup d’humilité, alors je voudrais demander pardon à tous ceux que j’ai pu blesser à cause de mes insuffisances.» Ces mots de Perrine à sa communauté, L’Arche L’Olivier, disent combien les blessures occasionnées sont souvent involontaires, mais qu’il est doux de les reconnaître avec humilité. 

Quand on vit ensemble, nos imperfections sont exacerbées. Dans la communauté, on se blesse quotidiennement, alors il faut beaucoup pardonner. 

Du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, l’église catholique célèbre une année extraordinaire, un « Jubilé de la Miséricorde ». Le Pape François nous invite à « ressentir la miséricorde », « ce mot change tout, dit-il. C’est le mieux que nous puissions ressentir : cela change le monde. Un peu de miséricorde fait en sorte que le monde soit moins froid et plus juste ». Et il ajoute : « Combien je désire que les lieux où l’Eglise se manifeste, ainsi que nos paroisses et spécialement nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence ! »

Lettre aux amis n°41

Service inclus

« Nous ne travaillons pas pour les personnes handicapées, nous travaillons avec elles. Nous ne nourrissons pas les personnes handicapées, nous mangeons avec elles » expliquait Jean Vanier pour décrire la spécificité de L’Arche. En France et dans le monde, L’Arche développe des moyens pour mieux inclure les personnes ayant une déficience intellectuelle dans les processus de prise de décision. 

Les encourager à discuter, réfléchir et participer de façon significative, aux réunions notamment (à L’Arche on appelle ça « l’inclusion ») amène à repenser les liens qui nous unissent, à revisiter nos interdépendances, à réfléchir à la notion de service. Les responsables, les volontaires en service civique, chacun de ceux engagés à L’Arche : tous sont invités à s’impliquer dans ce processus d’inclusion et à se laisser déplacer par les remises en question et les nouveautés qui en découlent.


Lettre aux Amis n°40

Liberté, Handicapé, Fraternité

Cette année de jubilé se termine en beauté avec une remise de la Légion d’honneur à Jean-Pierre Crépieux, quatrième homme à avoir rejoint L’Arche en 1964, première personne ayant l’expérience du handicap mental à recevoir cette distinction.

Le message de L’Arche n’aura jamais été autant porté sur la place publique qu’en cette année 2014. Toutes les communautés se sont mobilisées pour organiser des m’arches, des fêtes locales, pour venir à Paray et à Paris. Cela a demandé de l’énergie et nous a sorti du quotidien, mais ensemble, handicapés ou non, familles et amis, avions à témoigner de l’urgence qu’il y a à promouvoir une société plus fraternelle. Et c’est ce que nous avons fait. Merci à chacun pour vos dons, vos talents !

Lettre aux Amis n°39

Ensemble, ça m'arche

1964-2014. 50 années de vie partagée, de rencontres improbables, d’histoires d’amitié... L’anniversaire de nos 50 ans est une belle occasion de redire à chacun combien il est précieux : « Tu es plus beau que tu n’oses le croire » aime-t-on répéter à L’Arche ! Qu’il est doux de s’autoriser à « être faible », à « être fou », et que c’est merveilleux de le vivre ...ensemble

Ensemble, ça m’Arche. Voici donc la signature choisie pour cette année jubilaire de L’Arche. Pas de pub ici. Juste des personnes qui viennent, comme elles sont (un peu comme au Mac Do : «Venez comme vous êtes ! »), et qui font l’expérience que la vie ensemble c’est possible, et même mieux : que ça marche! 

D’origine, de culture, de capacité, de foi différentes, nous traversons douceurs et tempêtes ensemble... Ensemble, avec VOUS, ça m’Arche !

Lettre aux Amis n°38

Ô quotidien

« J’ai pas envie d’être un robot Métro-Boulot-Dodo » chante Daniel Balavoine, « un terrien en détresse ». Une routine peut vite devenir vertigineuse : lever, douche, petit déjeuner, trajet, réunion de lancement, atelier, pause, atelier, repas du midi, café, atelier, gouter, bilan de la journée, trajet, temps libre, préparation du dîner, dîner, médicaments, soirée, prière, coucher. Brrrr ! Qui veut voir sa vie réglée comme du papier à musique ?! 

Une journée bien réglée à L’Arche peut s’annoncer sans surprise... 

...mais c’est sans compter sur les personnes ayant un handicap mental qui multiplient par 100 les chances de bousculer le programme ! Moments drôles, tendres, touchants, moments irritants, de stress, de blocage : chaque quotidien devient unique. La routine peut revêtir une autre image, à condition d’aiguiser son regard aux « petits bonheurs de la vie ». Lorsque l’on a le nez dans le guidon, on les oublierait presque. C’est pourquoi les « grands évènements » existent : une naissance, un mariage, une arrivée, un départ, etc. Le grand événement que L’Arche s’apprête à vivre en 2014 - son anniversaire ! - sera l’occasion de fêter 50 années d’un quotidien riche... en surprises quotidiennes !

Aussi disponibles

>>> n°37 : Fragilités, source de transformation

>>> n°36 : Faire émerger ces voix singulières